La Prime et la Tenaille  ·  1 — Le foncier  ·  English version

Le foncier : une offre bridée qui se concentre, se renchérit et se transmet mal

La première mâchoire ne se referme pas sur les coûts ni sur la demande, mais sur le foncier lui-même — la possibilité physique et juridique de construire, d'étendre, de repositionner un actif hôtelier.

4 607 mots · 19 min23 notesCédric Dallemagne
ouvriers sur un échafaudage, façade parisienne en rénovation
Photo par Matreding disponible sur Pexels.com

L'essentiel

  • Le foncier français enferme le cœur de parc dans un produit qui ne peut ni croître (100 à 150 ouvertures par an pour un solde de parc négatif, bande littorale inconstructible hors espaces urbanisés) ni toujours se réinventer (extensions bloquées).
  • L'actif rare se paie cher, et les transactions se concentrent sur le premier rang — mais cette valeur bénéficie à l'actif de premier rang repositionnable, pas à l'indépendant de milieu de gamme, qui subit à la fois la pression sur le prix moyen, la chute du flux d'affaires et une vague de transmissions mal préparée.
  • La même vague démographique peut éroder le parc ou le recomposer ; tout dépend de la préparation et du financement — deux sujets traités dans les mâchoires suivantes.

3.1.1 — La contrainte d'offre : on construit peu et peut difficilement s'agrandir

La première mâchoire ne se referme pas sur les coûts ni sur la demande, mais sur le foncier lui-même — la possibilité physique et juridique de construire, d'étendre, de repositionner un actif hôtelier. Or cette possibilité se réduit : la loi « Climat et Résilience » de 2021 impose de réduire de moitié, sur 2021-2031, la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers, et le « zéro artificialisation nette » en 2050, objectifs assouplis par la loi du 20 juillet 2023 et que les documents d'urbanisme intègrent progressivement.⁴³ Ils pèsent sur l'extension en périphérie, beaucoup moins sur la transformation du bâti existant.

À Paris, la croissance de l'offre est structurellement bridée : foncier rare et coûts de construction élevés. Le constat ne vaut pas qu'à Paris, même si, hors Paris et le littoral, la contrainte tient, à notre lecture, moins à la rareté du foncier qu'à la valeur d'un bâti qui ne couvre pas toujours le coût de sa rénovation. Le volume d'ouvertures se situe entre 100 et 150 par an au niveau national selon le recensement retenu (une centaine pour Coach Omnium, près de 150 pour In Extenso),⁹,⁴⁴ et se concentre en milieu urbain. La construction y est pourtant fortement contrainte dans les zones de premier rang : la hausse des coûts limite la création de nouvelles unités, et le marché privilégie désormais la transformation d'immeubles existants. La transformation l'emporte sur la construction.

Les permis de construire donnent la mesure du mouvement. À Paris, la moyenne annuelle des surfaces hôtelières autorisées baisse de 67 % entre 2015-2017 et 2023-2025. Sur la même comparaison, la couronne francilienne recule de 9 % et la France de 8 %.⁴⁵ Le décrochage est donc parisien. La couronne, elle, bâtit : sur les douze mois à fin août 2026, les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne se classent sixième et septième départements français par surface hôtelière autorisée. Cette série mesure l'ampleur du décrochage, non sa cause : elle enregistre les autorisations délivrées et non les refus, de sorte qu'une baisse peut tenir aux projets refusés comme à ceux qui ne sont plus déposés.

Sur le littoral, la contrainte est juridique. Hors des espaces urbanisés, la bande des 100 mètres interdit en principe toute construction, extensions et changements de destination compris ; la seule dérogation concerne les activités « exigeant la proximité immédiate de l'eau », ce qu'un hôtel n'est pas.⁴⁶ Dans les stations, où se trouvent nombre d'hôtels de front de mer, la contrainte tient plutôt à l'extension limitée de l'urbanisation dans les espaces proches du rivage, au plan local d'urbanisme et aux plans de prévention des risques littoraux ; l'extension de l'actif y est souvent plafonnée. Pour un produit dont la création de valeur passe désormais par la montée en gamme et l'ajout de services (spa, chambres plus grandes, espaces communs), c'est un verrou puissant.

Le résultat de cette double contrainte, urbaine et littorale, est un produit court : un parc qui ne peut pas croître par le neuf là où il serait le plus utile, et qui ne peut pas toujours se réinventer par l'extension là où il existe déjà.

échafaudage sur un immeuble haussmannien en rénovation
Photo par Matreding disponible sur Pexels.com

3.1.2 — La demande par espace et par motif : où le parc se remplit, où il se vide

Pour comprendre sur quoi se referme la mâchoire, il faut cartographier la demande — par espace géographique et par motif.

La lecture par espace ne suffit donc plus : c'est le motif qui départage.

Par espace. Les hôtels concentrent 48 % de l'ensemble des nuitées en hébergement collectif en 2024.⁴⁷ La fréquentation se lit selon la densité des communes (urbain dense, urbain intermédiaire, rural) et selon deux espaces touristiques (littoral, montagne), dont les dynamiques 2024-2025 divergent nettement. L'urbain dense, où la fréquentation hôtelière représente quatre nuitées sur cinq, reste le centre de gravité du parc — mais sa dynamique s'inverse d'un trimestre à l'autre (détail en 3.5.3).⁴⁸ Le littoral reste massif mais en croissance lente ; la montagne, intense mais saisonnière. Le rural, longtemps le plus fragile, voit sa fréquentation totale progresser — mais par le loisir, le motif d'affaires y poursuivant son repli (chiffres en 3.5.3). La lecture par espace ne suffit donc plus : c'est le motif qui départage.

Par motif. C'est ici que se loge le basculement structurel. Le tourisme d'affaires, qui pesait 45,5 % des nuitées hôtelières en 2019, n'en pèse plus que 34,1 % en 2024 et 30,0 % en 2025. Le loisir compense — et même davantage : à l'hiver 2024, le tourisme de loisirs en hôtel bondit de 16,8 % pendant que celui d'affaires recule de 18,8 %.⁴⁹ Cette compensation est toutefois trompeuse pour le cœur du parc, parce qu'elle ne se déverse pas aux mêmes endroits ni aux mêmes rythmes. Le loisir nourrit le littoral, la montagne et l'urbain de destination, en saison et le week-end ; la rente d'affaires alimentait, elle, le parc urbain et périurbain en semaine, toute l'année — sans qu'il soit possible, sur la base des seules statistiques agrégées, d'isoler la part qui revenait au 3-étoiles, au 2-étoiles ou au non classé qui captaient ensemble la majeure part de cette clientèle. Le motif qui se contracte est précisément celui qui faisait la régularité du milieu de gamme ; il manque davantage encore à ceux qui n'ont pas la taille critique pour le remplacer.

3.1.3 — La polarisation du parc : le haut de gamme monte, le bas de gamme s'efface

La demande se polarise ; le parc lui-même se polarise avec elle. Les données de capacité de l'INSEE le mesurent directement.ᵇ Au 1ᵉʳ janvier 2026, la France compte 16 291 hôtels, contre 16 850 trois ans plus tôt, sur une comparaison qui franchit la rupture de série de 2024 : une érosion lente, dont le rythme exact ne se mesure pas.⁵⁰ Mais le nombre de chambres, lui, reste quasi stable, autour de 660 000 : le parc perd des établissements sans perdre de capacité. L'explication tient en un chiffre — la taille moyenne passe de 38,7 à 40,5 chambres entre 2023 et 2026. Les petites unités ferment, les grandes ouvrent ou s'agrandissent.

Figure 2

Le parc se recompose vers le haut de gamme — et plus fortement en chambres qu'en enseignes

Part des hôtels 4 et 5 étoiles dans le parc français, en % — 2023 et 2026

010 2030 16,119,0 27,130,3 Part des établissementsPart des chambres 20232026 20232026
Données de la figure 2
Mesure20232026
Part des établissements 4-5 étoiles16,1 %19,0 %
Part des chambres 4-5 étoiles27,1 %30,3 %

Source : INSEE, « Capacité d'hébergement touristiques » (DS_TOUR_CAP), catalogue Melodi, capacité des hôtels au 1er janvier, par catégorie, 1er janvier 2026, France hors Mayotte ; INSEE, « Capacité des hôtels et campings en 2026. Comparaisons régionales et départementales », Chiffres-clés, 3 février 2026 · note ⁵¹ · Dalmagne Performance

Cette recomposition a une direction très nette. La part du haut de gamme progresse sur les deux mesures qui comptent : les hôtels 4 et 5 étoiles représentent 19,0 % des établissements en 2026, contre 16,1 % trois ans plus tôt — et, parce qu'ils sont plus grands, 30,3 % des chambres, contre 27,1 %.⁵¹ Dans le même temps, le bas de gamme s'efface : les hôtels non classés tombent de 4 168 à 3 509 (comparaison qui franchit la rupture de série de 2024).⁵²

La fréquentation suit exactement la même ligne de fracture. La hiérarchie est sans ambiguïté, et elle s'est durcie en 2025. Sur l'année 2025, les nuitées reculent d'environ 16 % dans les hôtels non classés et sont stables dans les 1-2 étoiles (−0,2 %), quand elles progressent de 3,8 % dans les 3 étoiles et de 8,6 % dans les 4-5 étoiles. Chaque trimestre confirme la hiérarchie : les non classés perdent de 9,6 à 22 % de leurs nuitées, les 4-5 étoiles en gagnent de 4,6 à 10,7 %. Entre les deux, le 3-étoiles classé ne décroche pas : après un léger recul au premier trimestre, il progresse ensuite. Ce n'est donc pas le cœur de gamme classé qui s'efface : c'est le non classé, dont le décrochage est massif et continu, quand le 1-2 étoiles, stable en 2025, recule légèrement aux deux premiers trimestres 2026 (−1,4 % puis −2,1 %).⁵³ Ce recul des non classés mêle fermetures, passages au classement et sorties de l'usage touristique, dans une proportion que la statistique ne distingue pas. La fermeture n'est pas un phénomène diffus : elle frappe le bas de gamme et le non classé, en milieu rural d'abord — non que le repli du voyage d'affaires y ait été le plus fort (il l'a été dans l'urbain intermédiaire, cf. 3.5.3), mais parce que le parc y est le plus petit et le moins capable d'absorber le choc. L'actif de premier rang, lui, capte la croissance.

La recomposition du parc confirme cette ligne de fracture par ses flux mêmes : les 425 établissements qui disparaissent chaque année sont petits et 36 % d'entre eux se situent dans les petites villes et à la campagne, premier contingent sans être la majorité ; les 147 qui ouvrent sont deux fois et demie plus grands et urbains. Les projets en développement, soit plus de 50 000 chambres, sont menés par l'Île-de-France (22 % des projets, 28 % des chambres), devant Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur.⁴⁴ Le parc français ne meurt pas : il change de mains, de taille et de lieu — exactement le mouvement que ce document décrit.

Une partie du bas du parc dépend aussi d'une demande publique. En 2024, l'État finance chaque nuit, en moyenne, 64 213 places d'hébergement d'urgence à l'hôtel, pour 491 millions d'euros de nuitées ; 74 % de ces nuitées sont achetées en Île-de-France. Ce recours recule depuis 2021 ; l'administration entend reconvertir une partie de ces places en centres d'hébergement d'urgence, et son achat passe progressivement en marché public. Pour les établissements concernés, un débouché stable se contracte et se met en concurrence.⁵⁴

C'est la signature de la tenaille : ce ne sont pas les actifs emblématiques qui ferment, mais les plus petits et les moins bien classés, en rural d'abord ; la perte du flux d'affaires et la difficulté à investir figurent parmi les causes plausibles, sans que les données permettent de les hiérarchiser.

3.1.4 — La dynamique des transactions : un marché record, mais sélectif

Puisqu'on parle de foncier, il faut regarder le marché des transactions — quels biens s'échangent, à quels prix, et qui achète.

Le marché de l'investissement hôtelier français signe en 2025 un millésime record : 3,9 Md€ investis, en hausse de 27 % par rapport à 2024⁵⁵ ; sur un autre recensement, RYDGE Conseil retient 3 Md€, lui aussi « le niveau le plus élevé jamais enregistré ».⁵⁶ Dans le Grand Paris, le volume atteint environ 1,9 Md€ ; les investisseurs privés dominent avec deux tiers du volume.⁵⁵ Fait notable, cette dynamique s'appuie davantage sur des transactions de taille intermédiaire concentrées sur Paris que sur des cessions d'actifs emblématiques de grande envergure.

Or ce marché record est hautement sélectif, et c'est là que le foncier rejoint le capital. Nous faisons l'hypothèse que la rareté pèse de plus en plus dans la valeur des actifs de premier rang, même si les stratégies de création de valeur dominent les intentions des investisseurs. La liquidité est revenue, à l'échelle mondiale bien plus qu'en Europe, et la valeur des établissements de prestige s'affranchit de la seule rentabilité opérationnelle pour dépendre de la rareté absolue de l'actif, dans un marché où la création neuve ne dépasse pas 100 à 150 ouvertures par an (3.1.1). Les investisseurs visent principalement les hôtels 4-étoiles, entre 50 et 80 M€, avec une véritable opportunité de création de valeur — sur de l'actif repositionnable, pas sur du cœur de parc indépendant.⁵⁷

Le premier semestre 2026 confirme cette sélectivité en la resserrant. Sur le Grand Paris, le volume investi progresse de 38 % quand le nombre d'hôtels échangés recule de 32 %.⁵⁸ Moins d'actifs changent de mains, pour des montants unitaires plus élevés.

L'hypothèse à mettre sur la table (et que la Section 4 développera) est mécanique : parc disponible restreint → hausse de la valeur du bien → pression sur le nouvel acquéreur pour relever le prix moyen et rentabiliser un prix d'acquisition élevé. L'actif rare se paie cher ; pour amortir ce prix, il faut monter les tarifs ; ce qui sélectionne encore davantage la clientèle vers le haut. Le foncier alimente directement la polarisation. La hausse des taux d'État de l'été 2026 met ce mécanisme à l'épreuve : si les prix d'acquisition se maintiennent, la pression sur le prix moyen s'accroît ; s'ils fléchissent, comme nous en faisons l'hypothèse (4.3), ce sont les vendeurs qui supportent l'ajustement.

3.1.5 — La transmission : une vague mal préparée

Dernier ressort de la mâchoire foncière, souvent oublié : une part majeure du parc indépendant devrait, selon notre hypothèse, changer de mains dans la décennie, et cette transmission est mal préparée.

Le contexte national est documenté. Selon le ministère chargé des PME, 500 000 entreprises sont susceptibles d'être cédées dans les dix prochaines années, et le plan « Objectif Reprises » a été présenté à Bercy en avril 2026 face à cette vague de transmissions.⁵⁹ L'hôtellerie indépendante y est pleinement exposée — exploitations souvent individuelles, dirigeants dont une part approche de la retraite. Or, tous secteurs confondus, la France transmet peu en famille : les transmissions familiales ne représentent que 14 % à 20 % des cessions selon les méthodes, contre 50 % en Allemagne et 70 % en Italie (une cession à un tiers n'est pas pour autant un échec).⁶⁰

emblème notarial complet, République française
Photo par Regan Dsouza disponible sur Pexels.com

Le droit français n'ignore pas le problème — il l'amortit sans le résoudre. Le pacte Dutreil exonère 75 % de la valeur de l'entreprise transmise, sous condition d'engagements de conservation des titres ; les droits restants peuvent être différés cinq ans puis fractionnés sur dix, à taux réduit.⁶¹ Ces mécanismes sont puissants, mais ils supposent précisément ce qui fait défaut au cœur de parc : l'anticipation. Un pacte Dutreil se prépare d'ordinaire des années en amont : la loi permet certes aux héritiers de souscrire l'engagement collectif dans les six mois du décès, mais ses autres conditions (durées de conservation, activité exercée dans la société) en font un outil d'anticipation plus que de réparation⁶¹ ; une transmission subie au décès laisse les héritiers face à des droits assis sur un actif immobilier revalorisé, sans liquidités pour les acquitter — c'est là que naît le besoin de capital frais, et avec lui la vente contrainte. Une réserve pèse en outre sur les propriétaires de murs. Le texte exclut l'exercice par une société d'« une activité de gestion de son propre patrimoine mobilier ou immobilier » : la société qui ne fait que détenir les murs d'un hôtel ne paraît donc pas pouvoir bénéficier du pacte, à la différence de la société d'exploitation. Cette lecture, qui ne vaut pas avis juridique, demande à être confirmée par un conseil : le texte admet lui-même la société dont l'activité principale est d'animer un groupe dont elle contrôle les sociétés d'exploitation, y compris lorsqu'elle leur rend des services immobiliers, et d'autres dispositions ou la doctrine administrative peuvent ouvrir des voies que ce document n'a pas étudiées.⁶¹ S'y ajoute la gouvernance : l'indivision successorale entre héritiers dont un seul exploite est un régime de blocage plus que de gestion, où chaque décision d'investissement (précisément celles que la modernisation exige) peut buter sur la mésentente. L'hôtel familial non préparé ne succombe pas seulement à la fiscalité : il succombe à l'impréparation juridique, qui transforme un patrimoine en contentieux.

Une inconnue aggrave ce tableau : la démographie des hôteliers eux-mêmes. Nous n'avons pas trouvé de statistique publique qui la mesure à l'échelle du territoire, ni d'outil qui permettrait à une région ou à une commune d'anticiper les départs. À l'échelle nationale, la Direction générale des entreprises (DGE) relève que les entreprises de l'hôtellerie-restauration sont transmises par des dirigeants plus jeunes qu'ailleurs (53 ans en médiane, contre 55 ans tous secteurs).⁶² Les seules données professionnelles disponibles dessinent pourtant une vague de départs : l'âge moyen des exploitants atteindrait 51 ans, 18 % des établissements devraient trouver un repreneur dans les cinq prochaines années et 57 % des entreprises n'auraient pas de repreneur identifié.⁶³ Ces chiffres circulent dans la profession sans source primaire publiée ni périmètre statistique explicite : ils valent comme ordre de grandeur, non comme mesure — ce qui est, en soi, le premier symptôme de l'angle mort. Les observateurs du secteur citent par ailleurs le départ à la retraite parmi les principales causes de mise en vente et de fermeture du parc indépendant, aux côtés du relèvement du seuil de rentabilité des petits établissements, sans classement publié, à notre connaissance, qui permette de les hiérarchiser.⁶⁴ La vague de transmissions des dix prochaines années se lit donc en double. Pour les repreneurs et les indépendants que la tenaille n'a pas étranglés, c'est une fenêtre d'acquisition exceptionnelle. Pour les territoires, c'est un risque concentré : chaque départ non préparé d'un hôtelier rural est un actif qui ferme, des emplois qui disparaissent et un service qui ne revient pas. L'angle mort statistique pèse d'abord sur ces territoires.

Pour le parc hôtelier, cela ouvre deux scénarios opposés. Côté risque : des cessions précipitées, sous-préparées, sur des actifs déjà sous-investis — donc des décotes, des fermetures, ou des reprises fragiles. Côté opportunité : une vague de cessions est aussi une fenêtre de consolidation et de repositionnement pour qui dispose du capital et de la méthode. La même vague démographique peut éroder le parc ou le recomposer ; tout dépend de la préparation et du financement — deux sujets traités dans les mâchoires suivantes.

Notes et sources

  1. ⁴³ Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets (« Climat et Résilience »), Journal officiel n° 196 du 24 août 2021. Référence donnée à titre d'information économique : l'état du droit applicable localement n'a pas été vérifié par un professionnel et peut avoir évolué. Loi n° 2023-630 du 20 juillet 2023 visant à faciliter la mise en œuvre des objectifs de lutte contre l'artificialisation des sols et à renforcer l'accompagnement des élus locaux. La proposition de loi dite « Trace », adoptée par le Sénat le 18 mars 2025, n'avait pas été examinée par l'Assemblée nationale au 30 septembre 2026. ↩
  2. ⁴⁴ In Extenso Tourisme Culture et Hôtellerie, données de février 2026 relayées par Jean-Damien Lesay, « Plus de 50.000 chambres d'hôtels en projet en France », Banque des Territoires, 2 mars 2026, et par David Savary, « Hôtellerie française : “entre 10 000 et 11 000 chambres sont mises sur le marché chaque année” », L'Écho touristique, 9 février 2026. Sur un autre périmètre de recensement, RYDGE Conseil, L'Industrie hôtelière française en 2026, 49ᵉ édition, 2026 (étude historiquement publiée par KPMG), p. 11, identifie plus de 14 500 chambres en projet à l'horizon 2030 : les deux décomptes ne se comparent pas. Calcul Dalmagne Performance : 14 667 chambres sur 52 500, soit 28 %. ↩
  3. ⁴⁵ SDES, « Locaux non résidentiels autorisés et commencés, séries mensuelles départementales » (base Sitadel), millésime de septembre 2026. Calcul Dalmagne Performance : moyennes annuelles des surfaces de plancher autorisées, sous-destination « Commerce - hotels », 2023-2025 rapportées à 2015-2017 : Paris 133 882 m² puis 44 034 m² ; Île-de-France hors Paris 222 695 m² puis 202 660 m² ; France entière 1 123 737 m² puis 1 037 779 m². La série inclut les travaux sur hôtels existants et des projets jamais réalisés : elle ne mesure pas la capacité future et ne se convertit pas en chambres. ↩
  4. ⁴⁶ Code de l'urbanisme, art. L. 121-16 et L. 121-17 (loi Littoral) ; Conseil d'État, 21 mai 2008, n° 297744 (extensions) ; Conseil d'État, 8 octobre 2008, n° 293469 (changements de destination). Code de l'urbanisme, art. L. 121-13 (extension limitée de l'urbanisation dans les espaces proches du rivage). ↩
  5. ⁴⁷ INSEE, « L'essentiel sur... le tourisme », mise à jour du 29 septembre 2026. Calcul Dalmagne Performance : 214,5 millions de nuitées en hôtel sur 451,0 millions en hébergement collectif en 2024, soit 48 %. ↩
  6. ⁴⁸ INSEE, « Au troisième trimestre 2025, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques augmente de 2,9 % sur un an », Informations rapides n° 286, 20 novembre 2025 ; « Au premier trimestre 2026, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques hors campings est en hausse de 1,0 % sur un an », Informations rapides n° 120, 21 mai 2026. ↩
  7. ⁴⁹ Gilles Valaison, « Saison touristique d'hiver 2024 : les Alpes toujours attractives, le tourisme d'affaires en net repli », Insee Focus n° 325, INSEE, 30 avril 2024 (saison d'hiver 2024) ; INSEE, « L'essentiel sur... le tourisme », mise à jour du 29 septembre 2026 (part annuelle du motif professionnel dans les nuitées hôtelières). ↩
  8. ⁵⁰ INSEE, « Capacité d'hébergement touristiques » (DS_TOUR_CAP), catalogue Melodi, capacité des hôtels au 1ᵉʳ janvier, millésimes 2023 à 2026 ; calculs Dalmagne Performance. La base est harmonisée aux standards européens à compter du millésime 2024 : toute comparaison avec 2023 franchit cette rupture de série (voir note ᵈ). ↩
  9. ⁵¹ INSEE, « Capacité d'hébergement touristiques » (DS_TOUR_CAP), catalogue Melodi, capacité des hôtels au 1ᵉʳ janvier, par catégorie, 1ᵉʳ janvier 2026, France hors Mayotte ; INSEE, « Capacité des hôtels et campings en 2026. Comparaisons régionales et départementales », Chiffres-clés, 3 février 2026. Calcul Dalmagne Performance : (2 587 + 501) ÷ 16 291 hôtels ; (170 307 + 29 756) ÷ 660 489 chambres. La comparaison avec 2023 franchit la rupture de série de 2024 (voir note ᵈ). ↩
  10. ⁵² INSEE, « Capacité d'hébergement touristiques » (DS_TOUR_CAP), catalogue Melodi, capacité des hôtels au 1ᵉʳ janvier, 1ᵉʳ janvier 2026, France hors Mayotte ; calculs Dalmagne Performance. La comparaison avec 2023 franchit la rupture de série de 2024 (voir note ᵈ). ↩
  11. ⁵³ INSEE, « Au premier trimestre 2025, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques diminue de 1,5 % sur un an », Informations rapides n° 123, 21 mai 2025 ; « Au deuxième trimestre 2025, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques hors campings est en hausse de 5,4 % sur un an », Informations rapides n° 203, 20 août 2025 ; « Au quatrième trimestre 2025, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques hors campings est en hausse de 2,2 % sur un an », Informations rapides n° 39, 19 février 2026. Également : « Au troisième trimestre 2025, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques augmente de 2,9 % sur un an », Informations rapides n° 286, 20 novembre 2025 ; INSEE, « Parc et fréquentation des hôtels. Données annuelles 2025 », Chiffres-clés, 23 juillet 2026, et catalogue Melodi (DS_TOUR_FREQ) pour 2024. Calcul Dalmagne Performance, nuitées 2024 puis 2025 : non classés 20,4 puis 17,2 millions ; 1-2 étoiles 41,0 puis 40,9 ; 3 étoiles 84,6 puis 87,8 ; 4-5 étoiles 68,5 puis 74,4. ↩
  12. ⁵⁴ Inspection générale des finances, Inspection générale des affaires sociales et Inspection générale de l'administration, Revue de dépenses sur le budget de l'hébergement d'urgence, mai 2025, rapport, p. 16-17, annexe II, p. 10 (stratégie de la Dihal), annexe V (encadré 9) et annexe VI, p. 13-14 (tableau 9 : 72 000 places en 2020, 64 213 en 2024, « décrue engagée depuis 2021 »). Places financées en moyenne annuelle ; crédits de 518,5 millions d'euros en 2024, dont 491,1 millions pour les nuitées ; coût moyen de 22,1 euros par personne et par nuit, accompagnement social compris. ↩
  13. ⁵⁵ Cushman & Wakefield, MarketBeat Greater Paris. Hospitality H2 2025 ; Honotel, « T4 2025 – Investissement hôtelier : 2025, un millésime record ? », 20 février 2026 (données de performance MKG Consulting). ↩
  14. ⁵⁶ RYDGE Conseil, L'Industrie hôtelière française en 2026, 49ᵉ édition, 2026 (étude historiquement publiée par KPMG), p. 48 (sources BNP Paribas, HVS, Christie & Co, CBRE, Cushman & Wakefield, Savills, PREIM, retraitées par RYDGE Hospitality). Les deux recensements diffèrent par leurs sources et leurs retraitements ; le caractère record ne fait pas débat. ↩
  15. ⁵⁷ JLL, 2026 Global Hotel Investment Outlook, présenté dans le communiqué « Investment market dynamics for the hotel sector are looking up in 2026 », 10 février 2026 ; Clara Jacquier (Eastdil Secured), citée dans Honotel, « T4 2025 – Investissement hôtelier : 2025, un millésime record ? », 20 février 2026. JLL mesure la reprise contre le point bas de 2023, non contre l'année précédente, et l'Europe dans l'agrégat EMEA. La segmentation des cibles est un commentaire de marché d'un conseil en transactions, non une mesure statistique. ↩
  16. ⁵⁸ Cushman & Wakefield, MarketBeat Greater Paris. Hospitality H1 2026, juillet 2026 ; Cushman & Wakefield France, « Les professionnels de Cushman & Wakefield France réagissent à la publication des indicateurs du marché de l'hôtellerie au S1 2026 », communiqué, 3 septembre 2026. ↩
  17. ⁵⁹ Serge Papin, ministre des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l'Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d'achat, présentation du plan « Objectif Reprises », Bercy, 23 avril 2026 ; ministère de l'Économie, « Objectif reprises : un plan d'action pour faciliter la transmission-reprise des entreprises », 24 avril 2026. Le chiffre de 550 000 parfois cité relève de la presse. Il s'agit d'un plan d'État, dont Bpifrance est l'un des opérateurs et non l'auteur. ↩
  18. ⁶⁰ Michel Canévet, Rémi Cardon et Olivier Rietmann, Reprendre pour mieux entreprendre dans les territoires, rapport d'information n° 33 (2022-2023), Sénat, Délégation aux entreprises, 7 octobre 2022. Comparaison tous secteurs confondus. Le corps du rapport (p. 32) donne 50 % pour l'Allemagne et 70 % pour l'Italie ; sa synthèse donne 60 % pour l'Italie. ↩
  19. ⁶¹ CGI, art. 787 B (pacte Dutreil), version en vigueur depuis le 21 février 2026 (dernière modification : loi n° 2026-103 du 19 février 2026, art. 8). Dans cette version, l'exonération est de 75 %, l'engagement individuel de conservation dure six ans, et certains actifs non affectés à l'activité (logements, véhicules de tourisme, objets d'art, vins, entre autres) sortent de l'assiette exonérée ; CGI, annexe III, art. 397 A (paiement différé et fractionné) ; Code civil, art. 815 et suivants (indivision). Ce document ne constitue pas un conseil fiscal et cette lecture n'a pas été validée par un professionnel : se reporter au texte en vigueur. ↩
  20. ⁶² Laura Garcia et Jean-Christophe Lomonaco, « Les transmissions d'entreprises : tendances, défis et enjeux pour l'économie française », Les Thémas de la DGE n° 30, juin 2025, p. 10 (âge médian du dirigeant au moment de la transmission). ↩
  21. ⁶³ Maïlys Forilliere, « Le marché hôtelier en France : chiffres clés et tendances 2026 », Pôle Implantation Tourisme, 5 mars 2026. L'éditeur ne précise pas si ces chiffres portent sur l'hôtellerie classée, l'hôtellerie de plein air ou l'ensemble des entreprises touristiques. ↩
  22. ⁶⁴ Coach Omnium, Panorama 2026 de l'hôtellerie en France, 35ᵉ édition annuelle, 8 mars 2026. ↩
  23. ᵇ Trois périmètres à ne pas confondre. La base de capacité de l'INSEE compte le parc entier au 1ᵉʳ janvier (16 291 hôtels en 2026, France hors Mayotte). L'enquête de fréquentation de l'INSEE ne compte que les hôtels ouverts recensés (15 155) ; c'est elle qui mesure les nuitées et la répartition entre chaînes et indépendants. Les panoramas sectoriels de Coach Omnium isolent l'hôtellerie de chaîne. Ces chiffres ne se contredisent pas : ils ne comptent pas la même chose. ↩

Publication

Publié le 15 octobre 2026 par Cédric Dallemagne, Associé fondateur, Dalmagne Performance, et Guest Lecturer, Les Roches Global Hospitality Education. Données arrêtées au 30 septembre 2026.

Remerciements : Taran Patel (Les Roches), Laurent Bonnet (Valther), Lloyd Smith (SteadiLev).