L'essentiel
- Le cœur de parc n'est donc pas déserté ; sa clientèle change — moins de clientèle d'affaires régulière, plus de loisir saisonnier et de domestique qui arbitre.
- La ligne de partage ne passe donc pas seulement entre les catégories, où le gradient reste net (au deuxième trimestre 2026 : 4-5 étoiles +4,2 % de nuitées, 3 étoiles +3,7 %, 1-2 étoiles −2,1 %, non classés −12,0 % ; voir note 78) : elle traverse aussi le 3-étoiles, segment en reprise, et nous n'avons pas trouvé de statistique publique qui dise qui, des hôtels de chaîne et des indépendants, en capte le bénéfice.
- La demande existe ; ce qu'elle exige de l'indépendant de milieu de gamme, c'est un repositionnement de l'offre que la tenaille rend difficile à financer.
La cinquième mâchoire est la plus structurante car elle conditionne toutes les autres : sans demande, ni le foncier, ni les coûts, ni le financement, ni l'affiliation ne pèsent vraiment. Or c'est précisément sur la demande que le cœur de parc est le plus mal placé — non parce que la demande fait défaut, mais parce qu'elle se recompose vers le haut de la gamme.
3.5.1 — Le marché domestique : un plafond ancien et une fracture sociale marquée
Premier socle de demande du cœur de parc : les Français eux-mêmes. Or ce socle est plafonné depuis quarante ans et profondément segmenté.
Le taux de départ en vacances est remarquablement stable sur le long terme : hors période de crise, il tourne autour de 60 %, ce qui signifie qu'environ 40 % des Français ne partent pas en vacances au moins une fois par an.¹¹⁸ La série du Crédoc le montre stable de 1985 à 2011. Il n'y a donc pas de réservoir de croissance domestique « naturel » : le marché intérieur est mûr, pas extensible.
Surtout, ce taux moyen masque une fracture sociale marquée. À l'automne 2025, 81 % des personnes disposant de plus de 2 550 € mensuels sont parties, contre seulement 49 % de celles gagnant moins de 1 190 €.¹¹⁹ Et la catégorie sociale creuse encore l'écart : 78 % des cadres supérieurs partent en congé, contre 54 % des ouvriers.¹²⁰ La directrice du Crédoc résume le mécanisme d'arbitrage : en cas de difficulté, on coupe d'abord dans les loisirs.
L'implication pour le cœur de parc est directe. Le milieu de gamme et l'économique vivaient historiquement de cette clientèle domestique de milieu de tableau — la classe moyenne, dont le budget de loisirs est précisément celui qui arbitre le plus sous contrainte. À notre lecture, la frange la plus modeste se détourne moins du cœur de parc qu'elle n'en était déjà absente : pour l'essentiel, elle ne partait pas, ou campait. Si la classe moyenne arbitrait elle aussi sur ce poste, le milieu de gamme et l'économique devraient être les premiers exposés ; à ce jour, les nuitées du 3-étoiles ne le montrent pas, celles du 1-2 étoiles et des non classés davantage. À l'inverse, la clientèle aisée qui continue de partir plusieurs fois par an se dirige vers le haut de gamme ou l'étranger, pas vers le 2-étoiles rural.
Ce tableau appelle une nuance. L'été 2025 a connu un rebond, avec 63 % de Français partis, un niveau inédit depuis l'été 2022, et un budget moyen en hausse. Ce rebond ne profite pas à tous : le budget estival par foyer atteint environ 2 477 € chez les cadres supérieurs, contre environ 1 512 € dans les catégories populaires, dont le budget n'avait pas été aussi bas depuis trois ans.¹²¹ On part plus, mais l'écart de moyens entre ceux qui partent reste considérable, ce qui, encore une fois, oriente la valeur vers le haut.
Reste à lever une apparente contradiction, déjà esquissée à la Section 3.2 : si la France affiche, fin 2025, l'une des inflations les plus basses d'Europe, comment parler d'un budget de loisirs comprimé ? Parce que les deux mesures ne décrivent pas la même chose. L'inflation mesure le rythme de hausse des prix ; le budget disponible pour les vacances dépend, lui, de ce qui reste une fois payées les dépenses pré-engagées (logement, énergie, assurances notamment), passées d'environ 13 % du revenu disponible au début des années 1960 à 28 % en 2022, et bien plus lourdes sur les budgets modestes et moyens.¹²² Malgré une inflation ralentie, le pouvoir d'achat par unité de consommation recule de 0,7 % en 2025,¹²³ et l'arbitrage se reporte sur le discrétionnaire, dont les vacances sont une variable de premier rang. Inflation basse et demande hôtelière domestique atone ne se contredisent donc pas : la première porte sur le rythme des prix, la seconde sur un arbitrage de structure que la désinflation ne suffit pas à inverser — et qui, comme le détaille la sous-section suivante, pourrait détourner une partie de la classe moyenne vers le camping, l'étranger de proximité ou la location entre particuliers ; nous n'avons pas identifié de donnée publique qui mesure ce report, et les nuitées du 3-étoiles ne le montrent pas à ce jour. La remontée de l'inflation en 2026, tirée par l'énergie (Section 3.2), pèse précisément sur ces dépenses contraintes.

3.5.2 — La demande qui fuit : arbitrages, repli sécuritaire et concurrence méditerranéenne
Deuxième dynamique : une part de la demande, française comme internationale, échappe au territoire ou se déplace en son sein vers d'autres segments. Le terme « la demande qui fuit » recouvre en réalité trois mouvements distincts qu'il faut séparer.
Premier mouvement — l'arbitrage budgétaire intérieur. Sous contrainte, le voyageur ne renonce pas toujours au départ, mais il arbitre : durée raccourcie, réservation plus tardive, hébergement moins cher, dépenses ciblées. La saison 2025 l'a illustré : fréquentation maintenue, mais réservations plus tardives. Les enquêtes d'intention en donnent la mesure. Parmi les Français qui comptent partir au moins une semaine, une courte majorité (51 %) déclarent vouloir réduire leur budget de vacances. Ceux-là citent à égalité la réduction de l'amplitude du séjour (durée, distance ou fréquence, 61 %) et la limitation des dépenses sur place (60 %), devant la recherche de logements ou de trajets moins chers (47 %).¹²⁴ La durée et la fréquence des séjours deviennent ainsi des variables d'ajustement à part entière : c'est sur elles que se reporte une part de la contrainte budgétaire. Faute d'avoir trouvé une série publique comparable et récente sur la durée moyenne de séjour par pays, on se gardera d'en chiffrer l'écart avec l'Espagne ou l'Italie ; mais le sens du mouvement intérieur est documenté, et il joue contre la nuitée hôtelière, dont la valeur dépend directement du nombre de nuits vendues. Cet arbitrage peut reporter une partie de la demande de l'hôtel vers le meublé et le camping ; les statistiques publiques ne montrent pas, à ce jour, de glissement du milieu de gamme vers l'économique. Le camping est devenu, l'été, le premier mode d'hébergement collectif du pays : 124,9 millions de nuitées à l'été 2025, contre 90,4 millions pour les hôtels.¹²⁵ Le camping monté en gamme peut ainsi concurrencer le milieu de gamme hôtelier auprès d'une clientèle en quête de confort à budget maîtrisé ; nous n'avons pas identifié de donnée qui mesure ce report.
Deuxième mouvement — le repli sécuritaire vers l'Hexagone, qui pourrait bénéficier au parc. Les intentions 2026 marquent un retour net vers la France : 51 % des Français qui ont déjà choisi leur destination comptent séjourner exclusivement en France, en progression de 15 points. Le moteur est largement géopolitique et anxiogène : les tensions au Moyen-Orient, la flambée du pétrole et les alertes internationales repoussent les décisions de départ et délaissent les destinations lointaines au profit de séjours plus proches et perçus comme plus sûrs. Fait notable, les États-Unis sortent des cinq premières destinations prévues, supplantés par le Canada.¹²⁶ Ce repli est, en principe, une opportunité pour le parc français — à condition qu'il soit en état de capter cette demande, ce que le sous-investissement décrit par la tenaille peut compromettre ; nous n'avons toutefois pas trouvé de statistique publique qui mesure l'état du parc.
Encore faut-il que le parc capte une demande qui dispose d'autres formes d'hébergement (location saisonnière, hébergement chez des proches, camping). C'est une raison de plus pour laquelle la recomposition de la demande, loin d'être neutre, joue contre le cœur de parc.
Troisième mouvement — la concurrence méditerranéenne, qui capte le report. Le repli ne profite pas qu'à la France : il bénéficie aussi à l'Europe du Sud proche. L'Italie, l'Espagne, la Grèce et le Portugal profitent de ces reports grâce à leur proximité et à leur perception de stabilité. Les quatre premières destinations étrangères des Français restent d'ailleurs inchangées depuis trois ans : Italie, Espagne, Grèce, Portugal.¹²⁷ Le bloc méditerranéen est donc à la fois le concurrent qui capte la demande française sortante et le rival qui monétise mieux ses propres flux (Section 2). La France ne perd pas la bataille du volume ; elle la partage, sur un segment loisir-long où ses voisins sont structurellement mieux placés.
Les meublés touristiques disputent à l'hôtellerie une partie de cette demande. Le législateur est intervenu sur ce segment, avec pour objet de remettre des logements sur le marché de la location de longue durée ou de la vente. La loi Le Meur, promulguée le 19 novembre 2024, constitue la réponse réglementaire la plus substantielle depuis une décennie. Elle ramène l'abattement fiscal des meublés touristiques classés de 71 % à 50 %, et celui des meublés non classés à 30 %, partout et sans condition de zone tendue, renforce les pouvoirs des maires pour imposer des quotas ou abaisser le plafond de nuitées de 120 à 90 jours, et fixe des exigences de performance énergétique propres aux meublés de tourisme.¹²⁸ Ces mesures pourraient, indirectement, rééquilibrer la concurrence en faveur de l'hôtellerie. Leur portée est toutefois graduée, non immédiate : l'application des quotas reste à la discrétion des communes, le stock existant bénéficie de délais de mise en conformité, et les grandes plateformes disposent des ressources pour contester les modalités. L'arbitrage demande-hébergement ne se corrigera pas par décret seul.
3.5.3 — La géographie de la demande : une recomposition, pas une désertion
Ces mouvements ont une traduction géographique qu'il faut lire avec précaution, car elle a changé de visage en quelques trimestres.
Au troisième trimestre 2025, la fréquentation hôtelière augmentait bien plus fortement dans l'urbain dense (+7,3 %) que dans les communes rurales (+0,8 %). Le premier trimestre 2026 inverse pourtant le tableau : le rural progresse de 2,8 %, l'urbain intermédiaire bondit de 10,6 %, tandis que l'urbain dense recule de 1,2 %.¹²⁹ La volatilité trimestrielle interdit de conclure à une « fuite » géographique de la demande dans un sens ou dans l'autre. Au sein des intentions 2026, la hiérarchie régionale tient mais se tasse partout : la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (en tête), l'Occitanie et la Bretagne perdent chacune six points.¹³⁰
Le signal structurel est ailleurs, et il est sans ambiguïté : c'est le motif de la demande qui se recompose, pas sa géographie. Le tourisme d'affaires a reculé sans interruption de la sortie de crise sanitaire au premier trimestre 2026. Le deuxième trimestre 2026 marque la première hausse depuis la pandémie, +6,0 %, que l'INSEE relève comme telle (voir note 78). Un trimestre ne fait pas un retournement, et le niveau reste bas. Au deuxième trimestre 2026, les nuitées d'affaires représentent 28,5 % de l'ensemble des nuitées en hôtels et autres hébergements collectifs. Les deux autres périmètres déjà cités (nuitées hôtelières nationales, 3.1.2, et Île-de-France, 2.3) pointent dans le même sens : le segment n'a pas retrouvé son poids. Ce qui est acquis, ce n'est pas le retour du segment — c'est la fin de sa chute. Or ce recul frappe au premier chef l'urbain intermédiaire (les nuitées d'affaires y reculent de 18,3 % au troisième trimestre 2025, contre 14,1 % dans l'urbain dense et 7,7 % seulement dans le rural), là où le cœur de parc historique des chaînes économiques et du 3-étoiles indépendant était calibré pour le commercial en semaine. Si ces zones ne se vident pas, c'est que la clientèle de loisirs (tourisme vert, proximité, week-end) compense la disparition des déplacements professionnels.
L'implication pour le cœur de parc est plus exigeante qu'une simple désertion : la demande existe dans sa géographie, mais elle a changé de nature. L'hôtel rural ou périurbain construit autour du VRP du mardi soir doit pivoter vers le couple du samedi. Ce pivot a un coût : le loisir remplit les week-ends et la saison, rarement la semaine. Ce repositionnement d'offre, de services et de commercialisation (rénovation des chambres et des espaces communs, montée en gamme de la restauration et des services, outils de distribution et de marque) exige précisément l'investissement que la tenaille lui interdit. La demande ne le fuit pas ; elle l'attend ailleurs que là où son modèle l'a placé.
Ce pivot reste justifié là où la demande d'affaires ne revient pas (l'urbain dense reculait encore de 5,9 % au premier trimestre 2026) et il l'est beaucoup moins là où elle revient. Il ne se réduit d'ailleurs pas à des travaux. Passer de la clientèle d'affaires au loisir, c'est changer de métier autant que de décor : l'accueil du couple ou de la famille du week-end n'obéit pas aux mêmes codes que celui du commercial pressé — durée de séjour plus longue, attente d'expérience et de conseil, sensibilité au sens du lieu. Il suppose aussi de tisser ce que le modèle d'affaires rendait accessoire : des partenariats avec l'écosystème de loisirs de proximité (domaines viticoles, sites patrimoniaux, prestataires d'activités de pleine nature, offices de tourisme), une intégration au tissu local qui fait de l'hôtel un point d'entrée du territoire plutôt qu'un simple dortoir. C'est un actif de réseau autant que de mètres carrés, et c'est précisément ce capital relationnel que l'exploitant isolé, absorbé par l'exploitation quotidienne, a le moins de temps de construire.
Cette bascule vers le loisir de proximité n'est pas un simple rebond technique : elle s'adosse à une demande sociétale de fond. La recherche en santé publique établit qu'un temps minimal passé dans la nature (de l'ordre de deux heures hebdomadaires) est associé à une amélioration mesurable du bien-être déclaré¹³¹ ; la puissance publique française en a fait un axe de politique touristique, la DGE structurant depuis plusieurs années une offre de « slow tourisme » — déconnexion, itinérance douce, gastronomie et patrimoine locaux.¹³² Les chiffres sont plus ambigus. À l'été 2025, les nuitées progressent de 2,8 % en milieu rural, contre 3,7 % au niveau national ; à l'été 2026, selon des données encore provisoires, elles y progressent de 3,2 %, contre 1,1 % pour l'ensemble du territoire, mais d'abord dans les campings. Le bilan estival de l'INSEE n'isole pas les hôtels ruraux ; ses séries trimestrielles le font, et la progression des nuitées hôtelières rurales y reste faible et irrégulière : +0,8 % au troisième trimestre 2025, contre +4,3 % pour l'ensemble des hôtels, +2,8 % au premier trimestre 2026, puis une stabilité au deuxième trimestre, contre +1,4 %.¹³³ Le ressourcement hors des villes est une aspiration documentée ; rien n'établit encore qu'il profite à l'hôtel rural. La nuance est décisive pour la suite de ce document : ce qui rend le rural intéressant n'est pas, à ce jour, sa croissance hôtelière, c'est, selon notre hypothèse, son prix d'entrée plus faible.
L'été 2026 a donné une illustration nette de cette recomposition. Juillet, mois le plus chaud jamais mesuré en France, a déplacé une part de la demande vers les littoraux tempérés : le littoral de la Manche gagne 4,5 points d'occupation sur un an. À l'inverse, la Gironde, frappée par un incendie, perd dix points d'occupation en août (voir note 77). Pour un propriétaire, ce n'est pas un aléa météorologique : c'est une question d'allocation — quels territoires porteront la demande dans dix ans, et lesquels la perdront.

3.5.4 — La demande internationale : un moteur réel, mais qui se concentre sur le haut de gamme
Dernier point, et non le moindre : la demande internationale, qui porte la valeur, ne se déverse que partiellement dans le milieu de gamme ; elle se concentre sur le haut de gamme et les pôles.
Le fait structurel d'abord : si le haut de gamme est porté par la clientèle internationale, les nuitées domestiques représentent toujours deux tiers de la fréquentation en France. Autrement dit, le cœur de parc reste d'abord dépendant du domestique (plafonné et qui arbitre), tandis que l'international se concentre là où il dépense : dans les Palaces, les voyageurs étrangers représentent 83 % des nuitées en 2025, comme en 2024.¹³⁴
La ventilation par marché source confirme la concentration premium. À Paris Île-de-France, sur la clientèle à haute contribution, les États-Unis pèsent 12 % des séjours et 16 % de la dépense, aux côtés de la Chine et des pays du Golfe.¹³⁵ Ce sont ces marchés lointains et aisés qui font la valeur, et ils logent d'abord dans le haut de gamme : en 2025, les non-résidents font les deux tiers des nuitées des 5-étoiles, un tiers de celles des 3-étoiles.¹³⁶
La recomposition géopolitique de cette clientèle illustre enfin la dépendance du haut de gamme aux marchés lointains. La clientèle russe, dont la présence était historiquement concentrée sur quelques destinations (Côte d'Azur, Courchevel, Paris) plutôt que diffuse à l'échelle nationale, s'est effondrée depuis 2022 : à l'été 2022, sa fréquentation hôtelière n'atteignait plus que 15 à 20 % de son niveau de l'été 2019, selon l'INSEE.¹³⁷ Une mesure privée en donne l'ordre de grandeur dans les Palaces de Courchevel : la clientèle russe, qui pouvait y représenter selon les établissements jusqu'à 25 % des nuitées étrangères, n'en pèse plus que 12 % en moyenne en 2022, en recul par rapport à 2019.¹³⁸ Selon des estimations régionales, qui ne sont pas des mesures statistiques, l'impact financier aurait été compensé par le retour de la clientèle américaine et de celle des pays du Golfe, porté par un dollar fort et une demande de loisirs premium soutenue. Le segment premium absorbe ce type de choc en se reportant sur d'autres marchés ; le cœur de parc, lui, y a beaucoup moins accès.
Les prévisionnistes s'attendent à ce que cette clientèle continue d'absorber des hausses modérées : pour le luxe et le haut de gamme parisiens, ils prévoient un prix moyen en hausse de 1,9 % en 2027, contre 1,2 % pour le luxe londonien.¹³⁹
3.5.5 — Synthèse : la demande est là, mais elle se recompose, et la ligne de partage traverse le 3-étoiles
La mâchoire de la demande ne se referme pas par une pénurie globale — la France reste la première destination mondiale, l'international afflue, les Français partent toujours autant à l'échelle moyenne. Elle se referme par une mauvaise répartition pour le cœur de parc :
La fréquentation progresse en haut de gamme et recule en bas de parc
Variation des nuitées par catégorie, 1er et 2e trimestres 2026, en %
| Catégorie | T1 2026 | T2 2026 |
|---|---|---|
| 4-5 étoiles | +5,9 | +4,2 |
| 3 étoiles | +4,9 | +3,7 |
| 1-2 étoiles | −1,4 | −2,1 |
| Non classés | −14,1 | −12,0 |
Source : INSEE, Informations rapides n° 120, 21 mai 2026 (1er trimestre) et n° 196, 19 août 2026 (2e trimestre) · Dalmagne Performance
- son socle domestique est plafonné et arbitre vers le moins cher ou le non-départ ;
- géographiquement, la demande ne déserte pas le rural et le périurbain — elle y change de nature, le loisir y ayant remplacé une partie de la clientèle d'affaires en 2025 ; or ce pivot exige un repositionnement que la tenaille rend difficile au cœur de parc qui y est implanté.
À ce stade, ce que les chiffres officiels permettent d'affirmer est limité : les nuitées du 3-étoiles progressent, tandis que les non classés reculent et que le 1-2 étoiles, stable en 2025, recule légèrement en 2026 ; le tourisme d'affaires, après un long recul, ne remonte qu'à partir du deuxième trimestre 2026 (+6,0 %, puis +7,6 % à l'été hors campings, données provisoires) et sa part dans les nuitées hôtelières reste inférieure d'environ un tiers à celle de 2019 (30,0 % en 2025 contre 45,5 % en 2019 ; 3.1.2) ; le loisir a compensé en volume. Ce que ces chiffres ne disent pas (et qu'il faut nommer comme questions ouvertes plutôt que comme conclusions) concerne la mécanique de cette recomposition pour l'indépendant du milieu de gamme.
Trois hypothèses sont cohérentes avec les faits, sans que les seules statistiques publiques les démontrent. La première : un prix moyen du 4-étoiles qui s'éloignerait des plafonds fixés par les politiques voyage des entreprises pourrait pousser vers le 3-étoiles une part du voyage d'affaires soumise à ces plafonds et à des accords tarifaires d'entreprise. La deuxième : la baisse du parc 2-étoiles pourrait refléter, en partie au moins, un repositionnement administratif vers le 3-étoiles plutôt qu'une disparition nette de l'offre. La troisième tient à l'affiliation — les programmes de fidélité et les contrats d'entreprise concentrent une fraction substantielle de la demande d'affaires sur les marques, ce qui pèse sur l'indépendant de milieu de gamme, quelle que soit la santé globale du 3-étoiles. Le constat agrégé est donc rassurant pour la catégorie d'étoiles, plus ambigu pour l'indépendant à l'intérieur. Ce que les données officielles montrent : la demande se recompose. Ce qu'elles ne tranchent pas : qui, parmi le 3-étoiles, en sort gagnant.
Elles permettent toutefois de décomposer la reprise de la catégorie. Un peu moins d'un tiers vient du parc : au 1ᵉʳ janvier 2025, le 3-étoiles compte 1,1 % de chambres de plus qu'un an plus tôt, quand le 2-étoiles et le non classé en perdent, ce qui est cohérent avec la deuxième hypothèse sans la démontrer. Le reste vient du remplissage, porté à la fois par la clientèle résidente et non résidente. La hausse se poursuit en 2026 (+4,9 % puis +3,7 % de nuitées dans les 3 étoiles aux deux premiers trimestres), dans un marché où la fréquentation hôtelière, toutes catégories, progresse d'abord dans les villes moyennes (+10,6 % puis +9,2 %), sans que l'INSEE croise catégorie et territoire. La hausse du premier trimestre 2026 précède celle du tourisme d'affaires, qui reculait encore.
Côté prix, le milieu de gamme a regagné du volume en 2025 en cédant sur son prix (−1,3 %), puis il gagne sur les deux tableaux au premier semestre 2026 (+1,2 point d'occupation, +1,4 % de prix). La ligne de partage ne passe donc pas seulement entre les catégories, où le gradient reste net (au deuxième trimestre 2026 : 4-5 étoiles +4,2 % de nuitées, 3 étoiles +3,7 %, 1-2 étoiles −2,1 %, non classés −12,0 % ; voir note 78) : elle traverse aussi le 3-étoiles, segment en reprise, et nous n'avons pas trouvé de statistique publique qui dise qui, des hôtels de chaîne et des indépendants, en capte le bénéfice. C'est le point aveugle de la tenaille.¹⁴⁰
Notes et sources
- ¹¹⁸ Crédoc, taux de départ en vacances des Français, série longue : Sandra Hoibian, 2011 : embellie sur les vacances, étude réalisée à la demande de la DGCIS, Crédoc, rapport n° 319, janvier 2015, graphique 1 (enquêtes « Conditions de vie et aspirations », janvier 1985 à juin 2011). ↩
- ¹¹⁹ Observatoire des inégalités, « Quatre Français sur dix ne partent pas en vacances », 30 juin 2026, d'après Crédoc, enquête « Conditions de vie et aspirations », automne 2025. Données du Crédoc citées de seconde main. ↩
- ¹²⁰ Ibid. ↩
- ¹²¹ Plurélya, « Vacances des Français : bilan 2025 et évolution sur 10 ans », page non datée. Source professionnelle : l'origine des données n'est pas précisée. ↩
- ¹²² INSEE, « Consommation et épargne des ménages », fiche 7.2, France, portrait social, coll. « Insee Références », édition 2023, 23 novembre 2023, graphique 2 (part des dépenses pré-engagées dans le revenu disponible brut, série depuis 1960). ↩
- ¹²³ Janine Eguienta, Jean-Cyprien Héam et Pauline Meinzel, « Les comptes de la Nation en 2025 », Insee Première n° 2105, INSEE, 29 mai 2026. Compte provisoire, susceptible de révision. ↩
- ¹²⁴ Ifop pour Alliance France Tourisme, Les vacances d'été des Français, étude n° 122 053, enquête en ligne du 17 au 20 mars 2026 auprès de 1 002 personnes, 28 avril 2026. Intentions déclarées, recueillies pour la profession : elles ne mesurent pas les comportements effectifs. Base des leviers : personnes qui réduisent leur budget, soit 35 % de l'échantillon ; réponses multiples ; l'amplitude regroupe durée (32 %), distance (26 %) et fréquence (21 %). ↩
- ¹²⁵ Gilles Valaison, « Saison touristique d'été 2025 », Insee Focus n° 363, INSEE, 26 septembre 2025. ↩
- ¹²⁶ Ipsos bva pour Europ Assistance, « Vacances d'été 2026 : les Français privilégient l'hexagone face aux crises mondiales et à l'inflation », 25ᵉ édition du Baromètre des vacances d'Europ Assistance, 28 avril 2026. Intentions déclarées, non des départs constatés. ↩
- ¹²⁷ Ibid. ↩
- ¹²⁸ Loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l'échelle locale (« loi Le Meur »). Les abattements visés sont ceux du régime fiscal micro-BIC. ↩
- ¹²⁹ INSEE, « Au troisième trimestre 2025, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques augmente de 2,9 % sur un an », Informations rapides n° 286, 20 novembre 2025 ; INSEE, « Au premier trimestre 2026, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques hors campings est en hausse de 1,0 % sur un an », Informations rapides n° 120, 21 mai 2026. Données provisoires. ↩
- ¹³⁰ Ipsos bva pour Europ Assistance, « Vacances d'été 2026 ». ↩
- ¹³¹ Mathew P. White et al., « Spending at least 120 minutes a week in nature is associated with good health and wellbeing », Scientific Reports 9, article 7730, 13 juin 2019. ↩
- ¹³² Direction générale des entreprises, « Le slow tourisme », 1ᵉʳ octobre 2024. ↩
- ¹³³ Gilles Valaison, « Saison touristique d'été 2025 », Insee Focus n° 363, INSEE, 26 septembre 2025 (saison de mai à août). La catégorie « hors littoral et hors montagne » de la même publication, parfois assimilée au rural, inclut les villes : elle ne mesure pas le milieu rural. Gilles Valaison, « Saison touristique d'été 2026 », Insee Focus n° 387, INSEE, 29 septembre 2026 (données de juillet et août 2026 provisoires ; hausse rurale portée surtout par les campings). Hôtels ruraux : INSEE, Informations rapides n° 286 (note 129), n° 120 et n° 196 (note 2). ↩
- ¹³⁴ RYDGE Conseil, L'Industrie hôtelière française en 2026, 49ᵉ édition, 2026 (étude historiquement publiée par KPMG), p. 69 (panel des Palaces, part des nuitées) ; RYDGE Conseil, L'Industrie hôtelière française, 48ᵉ édition, 8 octobre 2025 (année 2024). ↩
- ¹³⁵ Aurélian Catana, Mickaël Le Priol, Aurélien Neff et Emmanuel Rodier, « États-Unis, Chine et Émirats Arabes Unis : des clientèles touristiques à fort pouvoir d'achat pour Paris Île-de-France », Enjeux Île-de-France n° 266, CCI Paris Île-de-France (CROCIS) et Choose Paris Region, 20 octobre 2025. ↩
- ¹³⁶ INSEE, « Parc et fréquentation des hôtels. Données annuelles 2025 », Chiffres-clés, 23 juillet 2026. Calcul Dalmagne Performance : nuitées non résidentes rapportées aux nuitées totales, 66,1 % dans les 5 étoiles et 35,3 % dans les 3 étoiles. ↩
- ¹³⁷ CRT Provence-Alpes-Côte d'Azur ; Choose Paris Region, estimations 2022-2024 ; Alice Mainguené, Pierre Girard et Barbara Castellettifont, « Été 2022 : une fréquentation touristique au-dessus de son niveau d'avant-crise », Insee Focus n° 275, INSEE, 11 octobre 2022 ; In Extenso et MKG, bilans 2024-2025. Les estimations régionales de la contraction des flux russes ne sont pas des mesures statistiques : elles ne sont pas retenues ici. Le chiffre de l'INSEE vaut pour chacune des clientèles russe, japonaise et chinoise. ↩
- ¹³⁸ KPMG, L'Industrie hôtelière française en 2023, 46ᵉ édition, octobre 2023, « Observatoire 2022 des Palaces », p. 89. Panel de plus de 160 chambres à Courchevel ; la même source documente en 2022 le poids des clientèles américaine et du Moyen-Orient à Paris, et celui de la clientèle américaine sur la Riviera. ↩
- ¹³⁹ CoStar (STR) et Tourism Economics, « Global Hotel Market Forecast Assumptions – Q3 2026 », 31 août 2026. Prévision d'éditeur, non une mesure. Les périmètres diffèrent : luxe et haut de gamme réunis à Paris (« Luxury & Upper Upscale »), luxe seul à Londres. ↩
- ¹⁴⁰ INSEE, « Tourisme en 2024 » et « Tourisme en 2025 », France entière, tableau TOU T1 (capacité des hôtels au 1ᵉʳ janvier), 11 juillet 2024 et 10 juillet 2025 : chambres en 3 étoiles 258 100 puis 260 884, en 2 étoiles 112 373 puis 108 797, non classées 84 691 puis 81 507 ; INSEE, Informations rapides n° 120 et n° 196 (déjà cités), pour les clientèles et les territoires (« urbain intermédiaire ») ; Alliance France Tourisme, Observatoire économique du tourisme n° 17, p. 10, et n° 23, p. 17 (panel MKG, segment milieu de gamme, qui ne recouvre pas exactement la catégorie 3 étoiles). Calcul Dalmagne Performance : 1,1 % de chambres de plus au 1ᵉʳ janvier 2025 (sur un an) pour 3,8 % de nuitées en 2025, soit un peu moins d'un tiers. ↩
Publication
Publié le 15 octobre 2026 par Cédric Dallemagne, Associé fondateur, Dalmagne Performance, et Guest Lecturer, Les Roches Global Hospitality Education. Données arrêtées au 30 septembre 2026.
Remerciements : Taran Patel (Les Roches), Laurent Bonnet (Valther), Lloyd Smith (SteadiLev).
