La Prime et la Tenaille  ·  Le capital trié  ·  English version

Le capital trié : polarisation de l'investissement et capture de la prime

Polarisation de l'investissement et capture de la prime de repositionnement.

4 636 mots · 19 min25 notesCédric Dallemagne
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L'essentiel

  • La question n'est plus de savoir si le capital viendra. Il est là, même si la remontée des taux longs pourrait en ralentir le rythme et abaisser le prix d'entrée hors premier rang (4.3).
  • Il capte, par la détention des murs et la capacité de rénovation, la prime de repositionnement que la tenaille rend très difficile à saisir pour l'indépendant isolé.
  • La prime de valeur refuge est ainsi captée — mais par d'autres mains que celles qui exploitent le cœur de parc.

4.1 — Le paradoxe que la tenaille rend lisible

La Section 3 s'achève sur un constat charnière : le capital a afflué en 2025, pendant que les fonds d'investissement restent calibrés au-dessus de l'hôtelier indépendant. Ce n'est pas une contradiction, c'est une sélection. Le capital n'est pas en pénurie en France — il est devenu rigoureusement sélectif. Ce qu'il sélectionne dessine en creux la carte des actifs que le cœur de parc ne peut plus défendre seul.

L'année 2025 l'illustre sans ambiguïté : le volume investi atteint un record (chiffres détaillés en 3.1.4).¹⁴¹ La demande de capital pour l'actif hôtelier français n'avait jamais été aussi forte.

Ce flux ne se déverse pourtant pas uniformément. Il trie.

4.2 — Qui investit, et pourquoi

Trois enseignements se dégagent des acquisitions de 2025 et du premier semestre 2026.

D'abord, la répartition des acquéreurs bouge. En 2025, les investisseurs privés représentaient les deux tiers du volume transactionné dans le Grand Paris. Au premier semestre 2026, institutionnels (48 % du volume) et privés (47 %) font jeu égal dans le Grand Paris ; mais d'une année sur l'autre, ce sont les privés qui progressent (volumes doublés), quand les institutionnels reculent de 22 %, et la seule cession du Pullman Paris Tour Eiffel pèse environ la moitié du semestre. L'origine des capitaux, française ou étrangère, se lit sur un autre axe et recoupe les deux catégories.¹⁴² Selon Eastdil Secured (voir note 57), on observe une forte présence de ces capitaux privés, en particulier sur des hôtels 3 et 4 étoiles à Paris, accompagnée du retour des fonds de capital-investissement, désormais mieux armés pour se positionner sur des montants unitaires plus importants.

Ensuite, les investisseurs étrangers restent actifs, notamment sur les établissements emblématiques parisiens. L'actif premium conserve son statut de cible internationale, même si l'étranger n'en est pas le premier acheteur (voir ci-dessus).

Enfin, la confiance institutionnelle pour 2026 demeure élevée mais plus exigeante. À l'échelle européenne, 86 % des investisseurs prévoient d'allouer à l'hôtellerie un capital égal ou supérieur à celui de 2025, et la France reste dans le trio de tête des marchés les plus attractifs, derrière l'Italie et la péninsule Ibérique. Paris, en revanche, ne vient parmi les villes qu'après Milan et Madrid, à égalité de score avec Rome et Londres : l'attrait français ne se confond pas avec celui de sa capitale. Le rendement des fonds propres attendu progresse par ailleurs : 15,6 % en 2026 contre 13,6 % en 2025.¹⁴³ Il s'agit du rendement attendu des fonds propres de l'investisseur, à distinguer du rendement initial de l'actif de premier rang, qui n'a pas bougé (4.3). Le capital reste disponible ; il exige davantage en contrepartie.

Un trait mérite d'être relevé au passage, parce qu'il nuance l'idée d'un actif que tout le monde se disputerait. Le capital qui achète des hôtels en France est professionnel et domestique : plus de neuf euros investis sur dix viennent d'investisseurs français, et l'hôtellerie a rassemblé 16 % des montants engagés en immobilier d'entreprise au premier semestre 2026.¹⁴⁴ L'épargne immobilière grand public, elle, s'en détourne : sur la collecte des SCPI au premier semestre 2026, la stratégie « hôtels, tourisme et loisirs » en capte 0,5 %, au dernier rang derrière le résidentiel.¹⁴⁵ L'hôtellerie n'est donc pas une classe d'actifs que le marché de l'épargne recherche : c'est une classe d'actifs que recherchent des professionnels qui savent l'exploiter.

Le prix par chambre sépare Paris des régions, moins nettement que la moyenne ne le laisse croire. Au premier semestre 2026, le Grand Paris s'échange à 599 000 € la chambre en moyenne, contre 226 000 € en régions ; hors cession du Pullman Paris Tour Eiffel, Cushman & Wakefield ramène la moyenne parisienne à 291 000 €.¹⁴⁶

Ce que ces trois enseignements ont en commun : ils convergent sur l'actif déjà désirable. À grands traits, le capital-investissement se positionne sur le 3-4 étoiles parisien repositionnable ; l'étranger sur l'actif emblématique ; l'institutionnel sur le rendement sécurisé, et les catégories se recoupent. Dans les transactions suivies par les conseils, aucun de ces flux ne se dirige vers l'hôtel de milieu de gamme indépendant en zone secondaire ; les cessions de petits hôtels et de fonds de commerce échappent toutefois à ces séries.

façade d'un palace de la place Vendôme et voitures de luxe stationnées
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4.3 — Le taux de capitalisation, lecture de la prime de valeur refuge

Le taux de rendement (ou taux de capitalisation) se distingue de la marge opérationnelle de l'établissement. Il rapporte le revenu net de l'actif à son prix d'acquisition : à revenu donné, plus le prix payé est élevé, plus le taux ressort bas. Un taux de capitalisation faible traduit donc un prix d'actif élevé, non une exploitation performante.

À Paris, les rendements de premier rang des hôtels sous contrat de gestion s'établissent entre 4,75 % et 5,25 % au second semestre 2025 et le restent au premier semestre 2026, une compression s'observant sur les petits actifs emblématiques des meilleurs emplacements.¹⁴⁷ Mesurés sur une même base (hôtels loués), les rendements de premier rang parisiens se situent dans la même fourchette que ceux de Londres, Milan et Madrid, entre 4,5 et 5,0 %, et en dessous de ceux de Lisbonne, de Porto ou des îles espagnoles (5,5 à 6,0 %).¹⁴⁸,ᵍ La prime parisienne n'est donc pas une singularité : c'est celle des grandes places européennes de premier rang. À notre lecture, ce niveau de rendement exprime une valeur refuge : l'investisseur accepte un revenu courant plus modeste contre la profondeur, la liquidité et la protection du capital qu'il prête à ces places.

Cette prime n'immunise pas pour autant contre la rotation des flux : si la France a pesé 13 % des transactions hôtelières européennes en 2025, elle ne recueille qu'environ 9 % des intentions d'acquisition pour 2026, quand la péninsule Ibérique et l'Italie en concentrent ensemble plus de 40 %.¹⁴⁹ Ces intentions ne se lisent toutefois pas encore dans le réalisé : au premier semestre 2026, la France demeure le troisième marché européen, avec 14 % du volume européen, derrière le Royaume-Uni et l'Espagne.¹⁵⁰ Le capital reste attaché à Paris, mais il cherche sa croissance ailleurs : exactement la conclusion de la Section 2, lue cette fois dans les flux d'investissement.

Cette prime s'apprécie aussi au regard des autres placements. En 2025, le taux sans risque français (l'emprunt d'État à dix ans) s'établit en moyenne à 3,37 %, contre 2,97 % en 2024.¹⁵¹ L'hôtellerie parisienne de premier rang offre donc un écart d'environ 140 à 190 points de base au-dessus de ce taux. La hausse s'est accélérée en 2026 : 4,00 % en moyenne en août, 4,44 % en septembre. À rendement de premier rang inchangé, l'écart tombe à environ 30 à 80 points de base.¹⁵² Les analyses d'allocation institutionnelles confirment la stabilité du premier rang : les rendements de premier rang des hôtels loués sont restés globalement stables en Europe au premier semestre 2026, et ne se sont comprimés que sur quelques marchés nordiques et d'Europe de l'Est. Sur l'ensemble des acquisitions, en revanche, les taux de capitalisation moyens de l'hôtellerie remontent : les investisseurs y exigent davantage de rendement, au motif d'un risque perçu accru par les tensions au Moyen-Orient.¹⁵³ Au premier semestre 2026, le marché n'exigeait donc pas davantage de rendement de l'actif hôtelier de premier rang, alors même que le taux sans risque montait ; il en exigeait davantage du reste du parc. L'appétit des investisseurs se concentre sur le premier rang.

Ces rendements sont toutefois antérieurs à la hausse des taux d'État de l'été 2026. Si les taux d'État se maintiennent à ce niveau, les rendements de premier rang devraient remonter pour compenser le nouveau coût du capital : l'acquéreur ne retrouvera un écart suffisant que par un revenu plus élevé, notamment par une hausse du prix moyen des chambres, ou par un prix d'acquisition plus bas. Hors du haut de gamme, la première voie est incertaine : en 2025, l'économique et le milieu de gamme ont cédé sur leur prix encaissé (3.2.6). Notre hypothèse est donc un ralentissement des transactions, le temps que vendeurs et acquéreurs s'accordent sur des prix plus bas, d'abord hors premier rang, où les taux de capitalisation remontaient déjà en Europe au premier semestre. Les transactions du second semestre 2026 permettront de la vérifier.

La portée de ce constat est triple. La prime est réelle et soutient les valorisations du parc premium. À notre lecture, elle tient davantage à la réputation de la destination et à la rareté de l'actif qu'à la santé opérationnelle des établissements qui la composent : c'est la distinction qui structure toute cette analyse, même si les données ne permettent pas de séparer ces facteurs. Elle n'est pas non plus acquise : elle dépend aussi du coût de l'argent, et la hausse récente des taux d'État a déjà resserré son écart avec le taux sans risque.

4.4 — La capture de la prime : l'effet du mode de détention

Tout établissement dégage un résultat brut d'exploitation. Au sens des études de référence du secteur, cet agrégat, que ce document désigne par EBE, correspond à la marge dégagée avant redevances de gestion, frais de siège, loyer, taxes foncières, assurance immeuble, service de la dette et amortissements (voir note ᵉ et le glossaire). Il se distingue de l'EBE du plan comptable général, calculé après loyer et impôts. Il mesure la performance de l'exploitation seule, indépendamment de la manière dont l'actif est possédé. À établissement comparable, cet EBE est identique que l'on détienne les murs ou qu'on les loue.

La différence décisive ne porte ni sur cette marge, ni sur le seul partage du loyer, mais sur la capacité à financer le repositionnement. La rénovation lourde (celle qui relève durablement l'EBE et fait passer un établissement d'une catégorie à la suivante) suppose un investissement que seul un amortissement long rend soutenable. Or l'accès à cette durée dépend de la garantie que l'emprunteur peut offrir. Le propriétaire des murs détient un actif hypothécable : il adosse son financement à une garantie réelle immobilière, dont la valeur subsiste si l'exploitation s'arrête. L'exploitant locataire du seul fonds de commerce n'en dispose pas. Le nantissement qu'il peut offrir ne porte, sauf désignation expresse, que sur l'enseigne, le nom commercial, le droit au bail et la clientèle ; il exclut les marchandises comme l'immeuble, il ne permet pas au créancier de se faire attribuer le fonds en paiement, et son inscription doit être renouvelée tous les dix ans.¹⁵⁴ La garantie est donc plus étroite, à renouveler, et adossée à des éléments dont la valeur s'effondre si l'établissement ferme. Un prêteur en tire les conséquences sur la durée qu'il accepte : nous n'avons pas trouvé de statistique publique qui mesure cet écart de maturité, et ce document ne le chiffre pas.

À notre lecture, cette asymétrie de financement, plus qu'un avantage de marge, explique la capture de la prime de repositionnement. Le repositionnement est structurellement un acte de propriétaire des murs : c'est la position depuis laquelle la rénovation lourde se finance le plus naturellement sur une durée compatible avec son amortissement — les autres montages existent, mais ils supposent un accord que l'indépendant isolé obtient rarement. En acquérant les murs, le capital orienté vers la création de valeur n'acquiert pas seulement un flux de revenu et une plus-value à la revente — il acquiert la position de financement depuis laquelle la montée en gamme devient possible.

En pratique, la relation propriétaire-exploitant ne se réduit pas à cette seule asymétrie de garantie. Pour les travaux excédant l'entretien courant, l'exploitant locataire doit en principe obtenir l'accord du bailleur, hormis les travaux d'équipement et d'amélioration que le Code du tourisme lui permet d'entreprendre selon une procédure propre ; les grosses réparations structurelles restent en principe à la charge du bailleur, et leur transfert au locataire est encadré par la loi.¹⁵⁵ Cet accord ouvre la voie à des arrangements financiers que le marché a formalisés : co-investissement propriétaire-exploitant, franchise temporaire de loyer pendant la durée des travaux, lissage du loyer sur la durée résiduelle du bail. Ces montages existent et fonctionnent — mais ils supposent que les deux parties soient en mesure de les négocier, que l'exploitant soit capable de présenter un dossier chiffré, et que le propriétaire dispose lui-même de la capacité financière de co-investir. Pour le cœur de parc indépendant, ces trois conditions ne sont pas garanties simultanément. Lorsqu'elles ne le sont pas, c'est le repositionnement lui-même qui ne se fait pas.

La tenaille décrite en Section 3 rend difficiles les deux issues pour l'indépendant. Faute d'un instrument à sa taille, l'acquisition des murs lui reste le plus souvent hors de portée ; l'absence de garantie hypothécaire lui interdit, comme locataire, de financer une rénovation d'ampleur sur une durée tenable. Privé de l'une et de l'autre, il peut difficilement conduire lui-même le repositionnement de son actif. Le capital externe s'y substitue, et en perçoit le bénéfice patrimonial.

4.5 — Moderniser le parc : deux philosophies d'aide publique (vue d'ensemble)

Si l'indépendant ne peut financer seul sa montée en gamme, et si les instruments de marché ne sont pas à sa taille, reste la puissance publique. C'est sur ce terrain que le contraste avec l'Espagne devient instructif — sans en épuiser ici la mécanique, reprise en 9.5.

Côté français, l'aide existe et procède par empilement de dispositifs, principalement sous forme de prêts. Bpifrance distribue un Prêt Hôtellerie plafonné à 400 000 euros, sans garantie, dédié à la rénovation et à la mise aux normes, qui doit être adossé à parts égales à un financement partenaire.¹⁵⁶ Elle distribue aussi un Prêt Tourisme jusqu'à 2 millions d'euros, sans garantie sur les actifs mais avec une retenue de garantie, qui doit être associé à un financement extérieur d'un montant au moins égal.¹⁵⁷ Bpifrance affiche l'objectif de financer 3 500 entreprises du secteur pour 3,6 milliards d'euros d'ici 2030,¹⁵⁸ sans publier à ce jour le réalisé par dispositif. Le Fonds Tourisme Durable de l'Agence de la transition écologique (ADEME) est clos depuis juillet 2024. S'y ajoutent des aides régionales : sur les quatre régions que recense le panorama EPSA 2026, deux subventionnent jusqu'à 30 % des dépenses éligibles, selon la nature du projet.¹⁵⁹ La fiscalité, enfin, ne connaît d'incitation fiscale propre à la rénovation hôtelière qu'en Corse et outre-mer. En métropole, à notre connaissance, aucun dispositif de droit commun n'a pris le relais depuis la clôture, fin 2024, du crédit d'impôt à la rénovation énergétique des PME.¹⁶⁰ L'architecture est réelle, mais fragmentée, conditionnée, et calibrée pour des acteurs qui ont déjà accès au financement extérieur.

Côté espagnol, la logique est celle d'un plan national de subvention adossé à l'Europe : le Plan de relance, de transformation et de résilience, financé par les fonds NextGenerationEU, irrigue notamment la réhabilitation et l'efficacité énergétique du bâti.¹⁶¹ L'Espagne a mobilisé à grande échelle des subventions financées par les fonds européens ; la France, qui a aussi subventionné (Fonds Tourisme Durable de l'ADEME, clos en 2024), privilégie aujourd'hui le prêt. Nous n'avons pas identifié d'évaluation publique de l'effet de ces dispositifs sur le parc espagnol. La différence tient moins à une doctrine qu'à la source des fonds : l'Espagne subventionne sur ressources européennes, hors contrainte budgétaire nationale.

La conséquence stratégique est directe. Un éventuel écart de modernisation entre les deux parcs (nous n'avons pas trouvé de série qui le mesure sur une base comparable) ne tiendrait pas seulement à la santé financière des exploitants. Il tiendrait aussi à l'outil public mobilisé, et à la taille des acteurs qu'il atteint. Ce contraste et ses modalités sont précisés en 9.5.

4.6 — Le développement mixte : une troisième voie, encore hors de portée du cœur de parc

Au-delà de l'aide publique, le marché a développé une réponse propre aux difficultés de financement des nouvelles constructions hôtelières : le développement en usage mixte, combinant hôtel, résidences privées et parfois bureaux ou commerces dans un même ensemble immobilier. La logique est économique : la vente de résidences dès le lancement génère du capital frais qui couvre une part substantielle des coûts de construction, tandis que les revenus résidentiels améliorent le profil de risque aux yeux des prêteurs. Kara Randall, vice-présidente chargée du luxe et du développement mixte chez Hilton, résume la mécanique : dans l'environnement actuel des marchés de capitaux, les projets hôteliers neufs nécessitent fréquemment une composante résidentielle pour aboutir.¹⁶² JLL confirme la tendance : la reconnaissance du mixte comme classe d'actifs à part entière stimule l'intérêt des investisseurs institutionnels.¹⁶³ Pour les établissements sous marque, un avantage documenté s'y ajoute : les résidences de marque se valorisent en moyenne 33 % au-dessus des résidences comparables sans marque, selon une mesure mondiale¹⁶⁴ — une prime qui facilite la commercialisation et améliore l'économie du projet.

Cette option reste structurellement hors de portée du cœur de parc français. Elle exige une assiette foncière suffisante pour combiner les usages, une capacité de montage immobilier complexe, et le plus souvent une marque pour justifier la prime résidentielle. Ces conditions sont précisément celles que l'indépendant de milieu de gamme ne réunit pas. Le développement mixte est une solution réelle — mais pour les acteurs qui disposent déjà du capital, du foncier et de la marque. Il illustre, une fois de plus, la même ligne de partage.

4.7 — Ce que la Section 4 établit

Le capital n'a pas déserté l'hôtellerie française — il s'y est concentré. Il afflue sur l'actif premium et repositionnable, dont il soutient le prix au point de maintenir les rendements à un plancher que la remontée du taux sans risque n'avait pas entamé au premier semestre 2026 (et de les comprimer sur les actifs emblématiques), signe d'une confiance dans la destination plus que dans la performance courante. Il capte, par la détention des murs et la capacité de rénovation, la prime de repositionnement que la tenaille rend très difficile à saisir pour l'indépendant isolé. Il bénéficie en outre, du côté français, d'un soutien public calibré pour des acteurs déjà financés, là où le voisin du sud mobilise les fonds européens.

La prime de valeur refuge est ainsi captée — mais par d'autres mains que celles qui exploitent le cœur de parc. La question n'est plus de savoir si le capital viendra. Il est là, même si la remontée des taux longs pourrait en ralentir le rythme et abaisser le prix d'entrée hors premier rang (4.3). La question est de savoir qui, de l'opérateur historique ou de l'investisseur de passage, en récoltera la valeur.

Notes et sources

  1. ¹⁴¹ Cushman & Wakefield, MarketBeat Greater Paris. Hospitality H2 2025 ; Honotel, « T4 2025 – Investissement hôtelier : 2025, un millésime record ? », 20 février 2026. ↩
  2. ¹⁴² Cushman & Wakefield, MarketBeat Greater Paris. Hospitality H2 2025, et Outlooks EMEA, 2025 ; Cushman & Wakefield, MarketBeat Greater Paris. Hospitality H1 2026, juillet 2026. Cushman & Wakefield, « Marché hôtelier Paris 2026 S1 », page d'analyse, mise à jour de septembre 2026 (institutionnels −22 % et privés +100 % en volume sur un an ; Pullman Paris Tour Eiffel, plus de 400 millions d'euros sur 845 millions). ↩
  3. ¹⁴³ Cushman & Wakefield, European Hotel Investor Compass 2026, 5ᵉ édition, 24 mars 2026. Enquête déclarative ; l'enquête CBRE (European Hotel Investor Intentions Survey 2026, 27 mai 2026) porte sur un autre échantillon, et les deux ne se comparent pas terme à terme. ↩
  4. ¹⁴⁴ BNP Paribas Real Estate, REview. Le marché hôtelier, France, T2 2026, 8 septembre 2026. ↩
  5. ¹⁴⁵ ASPIM, « Les fonds immobiliers grand public au premier semestre 2026 : une stabilisation dans un marché encore contraint », communiqué, 5 août 2026. Collecte de l'épargne immobilière grand public : elle ne se compare pas aux volumes d'investissement institutionnels. ↩
  6. ¹⁴⁶ Cushman & Wakefield, MarketBeat Greater Paris. Hospitality H1 2026, juillet 2026. Moyennes calculées sur 21 hôtels dans le Grand Paris et 37 actifs en régions ; la source indique que la moyenne parisienne hors Pullman Paris Tour Eiffel est proche de celle du premier semestre 2025. ↩
  7. ¹⁴⁷ Cushman & Wakefield, MarketBeat Greater Paris. Hospitality H2 2025 et MarketBeat Greater Paris. Hospitality H1 2026, juillet 2026. Rendements d'hôtels exploités sous contrat de gestion. ↩
  8. ¹⁴⁸ Praemia REIM, Real Estate Convictions Europe, T2 2026, 31 août 2026, p. 8 (rendement initial net des hôtels loués : Londres, Milan, Madrid et Paris) ; CBRE Research, Figures Hotels Q3 2025, 27 novembre 2025, et Iberian Hotel Figures Q1 2026, 1ᵉʳ juin 2026, qui reprend des rendements inchangés (rendements sur bail de Lisbonne, de Porto et des îles espagnoles). ↩
  9. ¹⁴⁹ CBRE Research, European Hotel Investor Intentions Survey 2026, 27 mai 2026. Intentions d'acquisition déclarées, à ne pas confondre avec les volumes réalisés. ↩
  10. ¹⁵⁰ Lukas Horch, Gauthier Champlong et Chris Martin, H1 2026 European Hotel Transactions, HVS, 20 août 2026. Les volumes de Cushman & Wakefield (Grand Paris et régions) portent sur un périmètre distinct et ne s'additionnent pas à ceux de HVS. ↩
  11. ¹⁵¹ OCDE, rendements mensuels des obligations d'État françaises à dix ans ; INSEE, « Taux d'intérêt par pays : données annuelles de 2008 à 2025 », 31 mars 2026, d'après l'OCDE (extraction du 3 mars 2026). Calcul Dalmagne Performance : rendements de premier rang parisiens du second semestre 2025 moins taux moyen de 2025 (4,75 % − 3,37 % ≈ 140 points de base ; 5,25 % − 3,37 % ≈ 190 points de base). ↩
  12. ¹⁵² Banque de France, « Indices obligataires », 8 octobre 2026 (indices mensuels CNO-TEC : TME d'août 4,05 % et de septembre 4,49 %, soit la moyenne mensuelle du TEC 10 majorée de 0,05 point). Calcul Dalmagne Performance : 4,75 % − 4,44 % ≈ 30 points de base ; 5,25 % − 4,44 % ≈ 80 points de base, sur la fourchette de premier rang du premier semestre 2026 (Cushman & Wakefield, MarketBeat Greater Paris. Hospitality H1 2026). Le TEC 10 (taux de l'échéance constante à dix ans des valeurs du Trésor) et la série de l'OCDE retenue pour 2025 ne sont pas calculés de la même façon : les ordres de grandeur se comparent, pas les centièmes. ↩
  13. ¹⁵³ Praemia REIM, Real Estate Convictions Europe, T2 2026, 31 août 2026, p. 2 et 8 ; Cushman & Wakefield, MarketBeat Greater Paris. Hospitality H2 2025. Comparaison des fourchettes de Praemia et de Cushman & Wakefield : voir note ᵍ. ↩
  14. ¹⁵⁴ Code de commerce, art. L. 142-1 (version en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021, art. 27), L. 142-2, R. 521-11 (version en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, décret n° 2021-1887 du 29 décembre 2021) et R. 521-12 (version en vigueur depuis le 17 mai 2023, décret n° 2023-369 du 11 mai 2023). L'inscription du nantissement du fonds de commerce produit effet dix ans et peut être renouvelée avant son échéance. Selon l'art. L. 142-2 (version en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2023), notamment le mobilier commercial, le matériel ou l'outillage, les brevets, licences et marques n'entrent dans le nantissement que s'ils font l'objet d'une désignation expresse et précise ; à défaut, il ne comprend que l'enseigne et le nom commercial, le droit au bail, la clientèle et l'achalandage. Ce document ne constitue pas un avis juridique. ↩
  15. ¹⁵⁵ Code du tourisme, art. L. 311-1 (issu de la loi n° 64-645 du 1ᵉʳ juillet 1964) ; Code de commerce, art. L. 145-40-2 (loi n° 2014-626 du 18 juin 2014 relative à l'artisanat, au commerce et aux très petites entreprises, dite loi Pinel). ↩
  16. ¹⁵⁶ Infogreffe, « Prêt Hôtellerie (PPRH) », fiche du dispositif (financeur : Bpifrance), portail Mes aides publiques, mise à jour du 27 juillet 2026. ↩
  17. ¹⁵⁷ Bpifrance, Intervention Bpifrance, dispositifs tourisme, présentation, 10 mars 2026, diapositive 12 (« Prêt Tourisme 3 ») ; Infogreffe, « Prêt Tourisme », fiche du dispositif (financeur : Bpifrance), portail Mes aides publiques, mise à jour du 22 avril 2026 ; Gouvernement, Comité interministériel du tourisme 2025. Le tourisme, un levier de croissance pour l'économie française, dossier de presse, Angers, 24 juillet 2025. ↩
  18. ¹⁵⁸ Bpifrance, Ambitions stratégiques 2026-2030, s. d., chapitre « Tourisme », p. 67-69 : « Tous dispositifs de crédit compris, 3,6 Md€ seront déployés d'ici 2030 pour 3 500 entreprises. » ↩
  19. ¹⁵⁹ EPSA, « Aides régionales pour les hébergements touristiques 2026 par région », 26 mai 2026. Quatre régions recensées : jusqu'à 30 % des dépenses éligibles en Auvergne-Rhône-Alpes et dans le Grand Est, 15 % pour les hôtels en Nouvelle-Aquitaine (plafond de 400 000 € HT), taux non indiqué en Bourgogne-Franche-Comté ; établissements franchisés exclus dans le Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté. ↩
  20. ¹⁶⁰ CGI, art. 244 quater E (Corse), 199 undecies B et 244 quater W (outre-mer) ; BOFiP-Impôts, BOI-BIC-RICI-20-10-10-20, « BIC – Réductions et crédits d'impôt – Réduction d'impôt pour investissements réalisés en outre-mer – Champ d'application – Nature et localisation des investissements éligibles », § 60 (rénovation des hôtels classés) ; BOFiP-Impôts, BOI-BIC-RICI-10-170, « BIC – Réductions et crédits d'impôt – Crédits d'impôt – Crédit d'impôt pour la rénovation énergétique des bâtiments à usage tertiaire affectés à l'activité des PME », 8 février 2023 (crédit d'impôt à la rénovation énergétique des PME, applicable aux dépenses engagées jusqu'au 31 décembre 2024). ↩
  21. ¹⁶¹ Gouvernement espagnol, Plan de Recuperación, Transformación y Resiliencia, approuvé en Conseil des ministres le 27 avril 2021 (La Moncloa, « Plan de Recuperación, Transformación y Resiliencia », 27 avril 2021), financé par les fonds NextGenerationEU. ↩
  22. ¹⁶² Kara Randall, vice-présidente et directrice générale, Luxury and Mixed-Use Development, Hilton, propos rapportés dans Harvey Chipkin, « In the hotel industry, there are no mixed signals on mixed-use development », HOTELS Magazine, 6 novembre 2024. ↩
  23. ¹⁶³ Ophelia Makis, JLL Hotels and Retail Capital Markets, propos rapportés dans Harvey Chipkin, « In the hotel industry, there are no mixed signals on mixed-use development », HOTELS Magazine, 6 novembre 2024. ↩
  24. ¹⁶⁴ Savills Global Residential Development Consultancy, Savills Branded Residences 2025/2026, Savills, 2025. Moyenne mondiale, toutes marques et tous opérateurs confondus : elle n'est pas propre au marché français. ↩
  25. ᵍ La fourchette parisienne de Cushman & Wakefield (4,75 à 5,25 %, note 147) porte sur des hôtels sous contrat de gestion (« HMA » dans la terminologie de la maison, voir note ᶠ) et ne se compare donc pas directement aux rendements sur bail de Praemia et de CBRE (note 148). Praemia relève pour les hôtels sous contrat de gestion une prime d'environ 100 points de base ; Praemia et Cushman & Wakefield n'appliquant pas la même méthode, l'écart entre leurs fourchettes parisiennes ne se lit pas comme cette prime. Les rendements sur bail de Praemia et de CBRE, issus de deux maisons, se comparent en ordre de grandeur. ↩

Publication

Publié le 15 octobre 2026 par Cédric Dallemagne, Associé fondateur, Dalmagne Performance, et Guest Lecturer, Les Roches Global Hospitality Education. Données arrêtées au 30 septembre 2026.

Remerciements : Taran Patel (Les Roches), Laurent Bonnet (Valther), Lloyd Smith (SteadiLev).